• Mohamed M. Diatta, "New Approaches to Peace Needed in the Central African Republic", Institute for Security Studies, mars 2021. Dans ce rapport Mohamed M. Diatta constate que  malgré la signature de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en 2019, les groupes armés continuent à contrôler la vaste majorité du territoire et à commettre des violations des droits humains. Si la présence des Casques bleus et d’autres acteurs humanitaires a aidé, elle a également eu des effets néfastes et provoqué un certain ressentiment au sein de la population. Pour Diatta, l’insécurité accrue en RCA malgré la présence de plus de 12 000 Casques bleus témoigne de la nécessité d’adopter une nouvelle approche de la paix pour atteindre la stabilité tout en reconstruisant un État et une société autonome et une économie solide. Dans cette analyse transversale, il recommande à toutes les parties prenantes de développer, financer, mettre en œuvre un plan global pour traiter des questions politiques, sécuritaires et socio-économiques. Il appelle les Nations unies à revoir leur approche en RCA pour qu’elle soit plus inclusive et centrée sur le développement. Très critique des résultats des opérations de paix en RCA, il insiste sur la nécessité de déterminer des objectifs clairs et des délais précis visant à encourager l’autonomie des Centrafricains pour des résultats durables. Enfin, pour lui, les activités de l’ONU en RCA devraient se concentrer sur la reconstruction du tissu économique du pays, ce qui requiert plus d’investissements dans la formation, l’éducation et les secteurs agricoles.
     
  • Allard Duursma , “Everyday peacekeeping in the Central African Republic”, Political violence at glance, avril 2020. Allard Duursma (Oxford) revient sur le maintien de la paix « de tous les jours » en République centrafricaine. Son analyse est issue d’une étude de terrain et des entretiens réalisés dans la préfecture de Ouham, au Nord-Ouest du pays. L’auteur souhaite initier une réflexion sur la médiation pacifique et encourager les efforts entrepris par l’ONU en faveur des discussions intercommunautaires : « Contrairement aux affirmations selon lesquelles l'ONU s’adresse principalement aux élites dans la capitale pour faire la paix, plusieurs rapports et études récents montrent que les soldats de la paix de l'ONU sont de plus en plus impliqués dans les processus de paix locaux visant à résoudre les conflits armés non étatiques ». À l’occasion d’entretiens réalisés auprès des communautés locales, le personnel onusien et les autorités gouvernementales, l’auteur rapporte que les propos recueillis soulignent l’impact positif de l'implication des Nations unies dans les processus de paix locaux. Notamment, le préfet de Ouham a déclaré que l’implication de la MINUSCA avait été utile en termes d’organisation logistique et de garantie sécuritaire des participants aux processus locaux. L’auteur ouvre également la voie à une recherche plus approfondie sur la meilleure façon de mettre en œuvre les Accords nationaux dans les communautés locales et sur le lien entre le rôle des Nations unies et les autorités locales.
     
  • Hans de Marie Heungoup , « In Search of the State in the Central African Republic », International Crisis Group, mars 2020. L’article souhaite porter deux éléments à l’attention du lecteur. Premièrement, que l’Accord de paix est en danger (attaques contre des civils toujours présentes, lenteurs du processus de Désarmement, démobilisation et réintégration (DDR),  élargissement du terrain d’action de certains groupes armées) et deuxièmement, que les forces centrafricaines de sécurité et de défense auraient sans doute du mal à réprimer la violence si celle-ci s'intensifiait avant les élections de décembre 2020. En effet, selon l’article, seuls 1 500 soldats centrafricains sont déployés en dehors de la capitale et, à l'exception d'un bataillon portugais, peu de soldats parmi les 12 870 contingents que compte la MINUSCA sont équipés ou prêts pour des opérations contre les groupes armés (estimés entre 8 000 et 14 000 combattants). Pour l’auteur, la stabilisation de la Centrafrique en dehors de la capitale représente un important défi. Malgré le récent déploiement de 2000 soldats centrafricains en dehors de la capitale, ces soldats dépendent fortement du soutien logistique de la MINUSCA.
     
  • Édith Vansprange, "Advancing the Rule of Law Through Executive Measures: The Case of MINUSCA", Goettingen Journal of International Law, août 2019. Dans son article, Édith Vansprange analyse la perception qu’on les Nations unies de l’État de droit en prenant la MINUSCA comme étude de cas. En s’intéressant de près au mandat de la Mission onusienne, l’autrice s’aperçoit d’un « déplacement qualitatif » (qualitative shift) entre la promotion du maintien de la paix, et l’usage de mesures temporaires d’urgences permises par la Résolution relative à son renouvellement (S/RES/2149). Ainsi, en autorisant la mise en œuvre de telles mesures, notamment l’arrestation de personnes soupçonnées d’avoir commis des infractions graves et des violations des droits humains ou du droit international humanitaire, les Nations unies soulèvent, selon l’autrice, d’importantes implications juridiques et conceptuelles. Elle souligne ici un paradoxe selon lequel les mesures répressives directes pouvant être mises en œuvre par une force extérieure sont considérées comme un moyen de renforcer l’État de droit. En effet, si les Nations unies précisent que les OMP peuvent être mandatées pour « [soutenir] le renforcement de l’état de institutions juridiques du pays hôte (…) pour aider les autorités nationales à des priorités et des stratégies essentielles en matière d’état de droit », dans le cas de la MINUSCA, le soutien au fonctionnement de la justice pénale est soutenu par des mesures temporaires d’urgences non-conformes au respect du concept d’État de droit.
     
  • Rebecca Sutton, "Who is a Civilian? Perceptions of “Civilianness” in the Central African Republic", European University Institute, juillet 2019. À l’issue d’une enquête de terrain de trois semaines réalisée en avril 2019 en Centrafrique, Rebecca Sutton a rédigé une note d’analyse sur la définition du statut de civil en RCA et la perception de ce concept au sein des contingents de la MINUSCA. Elle explore tout d’abord les perceptions de qui devrait avoir le statut de civil en RCA et examine le statut des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays (IDP), principalement sur le site PK3 de Bria. Dans une second partie, Sutton s’intéresse aux défis d’application du droit international en RCA, en se concentrant sur la manière dont les acteurs onusiens appliquent le droit international humanitaire (DIH) à leurs opérations quotidiennes au regard des populations « civiles » sur des sites où peuvent se trouver des membres de groupes armés. A travers son enquête, nous apprenons que la MINUSCA et les organisations humanitaires indiquent qu'il est difficile de distinguer les groupes armés des civils, en particulier dans des camps de déplacés internes. Malgré le fait que la Mission centrafricaine soit mandatée pour la protection de ces sites, aucun des membres de la MINUSCA n’estimait, au cours des entretiens, que ces derniers ont un « caractère purement civil ».
     
  • Simon Allison, “The world’s most dangerous peacekeeping mission?”, ISS Africa, novembre 2017. Simon Allison a souligné le niveau de dangerosité de l’environnement dans lequel interviennent les Casques bleus de la MINUSCA. Selon lui, alors que les groupes armés sont omniprésents dans la quasi-totalité des régions et qu’une flambée des violences a repris depuis mai 2017, les 12 000 Casques bleus de la MINUSCA sont le dernier rempart capable de protéger les populations civiles. Selon l’auteur, l’environnement d’intervention de la MINUSCA est bien différent de ceux des autres missions onusiennes. En effet, historiquement, le pays a toujours été instable en raison de l’absence d’une autorité gouvernementale crédible, et contrairement aux autres missions, aucun programme de DDR n’est mené avec sérieux. Lors de leur patrouille de surveillance ou de protection des convois humanitaires, les soldats de la paix sont très régulièrement ciblés par des attaques. Plusieurs d’entre eux ont perdu la vie, et parfois dans des conditions atroces. Selon plusieurs officiers de contingents, les conditions sécuritaires extrêmes qui « changent les hommes » expliqueraient pourquoi les cas de violations sexuelles sont plus nombreux dans le cadre de la MINUSCA.
     
  • Namie Di Razza, "How Can the UN Curb CAR’s Spiral of Violence and Ethnic Cleansing?", IPI, août 2017. Namie Di Razza s’est penchée sur la manière dont la MINUSCA pourrait stopper l’augmentation constante des violences communautaires et religieuses en République centrafricaine. Alors que le mandat de la MINUSCA sera renouvelé en novembre 2017, Namie Di Razza offre plusieurs solutions pour mettre fin au regain de violences sectaires dans le pays, qui fait même craindre la mise en place d’un génocide. La chercheure plaide pour une hausse du plafond des troupes mixtes de la MINUSCA. Cette évolution est essentielle pour mieux protéger les populations civiles désarmées et permettre à l’OMP d’obtenir une capacité de dissuasion crédible. Le Conseil de sécurité des Nations unies doit ajouter au moins un bataillon à la force d’intervention rapide (actuellement composée de 160 militaires) et créer une force d’intervention supplémentaire qui soit capable d’être déployée plus durablement sur le terrain. En outre, Namie Di Razza indique qu’il est nécessaire que la MINUSCA s’investisse davantage dans la formation des forces gouvernementales centrafricaines, actuellement assurée par l’Union européenne. Pour la chercheure, la MINUSCA ne doit pas seulement contribuer à la restauration de l’État en épaulant le gouvernement de Bangui sur les simples « aspects administratifs et techniques » mais bien s’investir efficacement dans les politiques gouvernementales pour qu’elles s’orientent vers une élimination des idéologies sectaires et exclusives. Enfin, la MINUSCA doit mettre l’accent et réaffirmer sa place dans les processus de médiation au niveau national, régional et local. Il est indispensable que des discussions soient relancées avec les groupes armés puisque le manque d’offres de compromis de la part de l’État centrafricain a incité les factions à redynamiser le conflit. Pour pouvoir jouer un rôle de facilitateur, la MINUSCA devra regagner la confiance des populations et lutter contre les campagnes de désinformation qui appellent à un soulèvement populaire contre l’OMP.

 

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