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L’Observatoire s’associe à une conférence du GRIP sur la FINUL et l’avenir du maintien de la paix

Le 1e juin dernier le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP) et l’Association pour les Nations unies (APNU) ont organisé conjointement une conférence intitulée « Comment l’adaptation de la FINUL révèle-t-elle les limites du maintien de la paix onusien ? ».

La rencontre, organisée dans les locaux du Mundo-Madou à Bruxelles, était modérée par Clémence Buchet-Couzy, chargée de recherche au GRIP et à l’OBG. Les échanges ont réuni Elena Aoun, professeure de relations internationales à l’Université Catholique de Louvain (UCL), et chercheuse associée à l’OBG et au GRIP ; et Emmanuel Klimis, chargé de cours et chercheur qualifié à l’UCL Saint-Louis Bruxelles, qui tenait le rôle de discutant.

Cette conférence s’inscrit dans le prolongement de la note d’analyse rédigée par la professeure Elena Aoun, intitulée « Flexibilité et adaptabilité des missions de l’ONU : la FINUL entre opportunités et limites contextuelles », publiée le 3 février 2026 par l’Observatoire Boutros-Ghali. Cette publication cherchait à comprendre comment la mission s’était adaptée aux évolutions drastiques dans sa zone d’opération depuis octobre 2023 et comment cette adaptation permet de faire émerger des interrogations cruciales sur l’avenir du maintien de la paix onusien. Cette note a été traduite en anglais : « Flexibility and adaptability of UN missions: UNIFIL between opportunities and contextual limitations »

Une première présentation de ces travaux a eu lieu lors d’un webinaire organisé le 18 février. Toutefois, l’évolution rapide du contexte régional, les difficultés accrues rencontrées par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) et la mort de six Casques bleus depuis le début de la guerre avec l’Iran ont de nouveau confronté la mission à une adaptation nécessaire alors qu’elle entame un processus de retrait à l’horizon 2027, suite à la décision du Conseil de sécurité de l’ONU du 28 août 2025.

Lors de la conversation du 1er juin, face à la détérioration de la situation sécuritaire au Liban et aux difficultés croissantes rencontrées par la FINUL, les intervenant·e·s ont souligné que seule une relance des efforts diplomatiques permettra d’envisager une sortie durable de la crise. Selon eux·elles, l’usage de la force ne peut apporter de solution aux causes profondes du conflit. Si la FINUL peine aujourd’hui à remplir pleinement son mandat, cette situation résulte avant tout de l’absence d’un véritable processus politique et diplomatique capable de soutenir une paix durable, une responsabilité qui dépasse largement le cadre de la mission onusienne.

Partant des conclusions de sa note, la professeure Elena Aoun a dressé un constat particulièrement préoccupant de l’évolution récente du conflit. Depuis la publication de sa note d’analyse en février 2026, la situation s’est encore aggravée, les affrontements entre Israël et le Hezbollah se poursuivant malgré le cessez-le-feu. Elle a insisté sur le lourd tribut payé par les populations civiles libanaises, régulièrement touchées par les frappes. Des habitations, infrastructures civiles, lieux de culte, écoles et structures hospitalières figurent parmi les cibles affectées par les hostilités. Comme à Gaza, la vie de centaines de milliers de Libanais·e·s est également conditionnée par les ordres d’évacuation émis par l’armée israélienne. Dans le même temps, le Premier ministre israélien a publiquement menacé le Liban de connaître un sort similaire à celui de Gaza.

Crédit photo : GRIP.

La conférence s’est tenue dans un contexte particulièrement tendu. Le même jour, le Conseil de sécurité des Nations unies se réunissait pour débattre de l’offensive israélienne au Liban. Les intervenants ont rappelé que les forces israéliennes poursuivent leur progression sur le territoire libanais malgré le cessez-le-feu du 17 avril. Selon les données présentées lors de cette réunion du Conseil de sécurité, l’intensification des hostilités depuis le 2 mars a causé plusieurs milliers de morts et plus de 10 000 blessé·e·s au Liban, dont de nombreux civil·e·s, ainsi que la mort de plusieurs membres des Forces armées libanaises.

La question de l’avenir de la FINUL a également occupé une place centrale dans les échanges. Les débats ont souligné qu’un retrait de la mission créerait un important vide sécuritaire dans une région déjà fortement déstabilisée. Même dans l’hypothèse où Israël parviendrait à contrôler le Sud-Liban à court terme, une telle situation d’occupation risquer d’aggraver la situation de conflictualité dans la durée. L’histoire montre en effet que les vides sécuritaires favorisent l’émergence et le développement de groupes armés non étatiques.

Crédit photo : GRIP.

Le professeur Emmanuel Klimis a, pour sa part, insisté sur l’érosion croissante du respect du droit international. Les attaques visant la FINUL témoignent d’un niveau particulièrement préoccupant de remise en cause des normes internationales. Plus largement, les deux intervenant·e·s ont souligné une tendance générale à la multiplication des violations du droit international. Il a également été rappelé que quand on parle d’un « échec » de l’ONU on parle d’un échec de ses États membres qui refusent d’assumer leurs responsabilités. Une mise en garde contre une dépolitisation dangereuse du maintien de la paix a été faite lors des échanges. De plus, les panélistes ont déploré une certaine inaction de l’Union européenne et de ses États membres dans ce cadre. La discussion a également porté sur l’élection prochaine d’un ou d’une Secrétair·e général·e à la tête des Nations unies qui aura la lourde tâche de remettre le multilatéralisme et la diplomatie au cœur des jeux de pouvoirs et de puissances.