26 avril 2024

Afrique de l’Ouest : faire de la prévention des conflits la règle et non l’exception

Comme le rappelait en 2001, Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations unies : « Je ne pense pas que la mise en œuvre de stratégies préventives soit chose facile. Les coûts de la prévention doivent être payés immédiatement, alors que les bénéfices ne seront recueillis que dans un avenir lointain. »

L’an dernier, lors de son entrée en fonction au même poste, Antonio Guterres affirmait lui aussi sa détermination à faire de la prévention des conflits une priorité pendant son mandat. Les Nations unies ne sont bien entendu pas les seules à s’engager dans la prévention qui regroupe plusieurs catégories d’actions dont la médiation, la conciliation ou les bons offices. L’alerte précoce, qui se caractérise par une dimension à la fois technique et politique, est l’une d’entre elles. Elle se définit comme la « collecte systématique et l’analyse d’information sur des régions en crise et dont la vocation est  d’anticiper le processus d’escalade dans l’intensité du conflit ; développer des réponses stratégiques à ces crises ; de présenter des actions aux acteurs concernés afin de faciliter la prise de décision ».

Résultat d’une recherche documentaire et de dizaine d’entretiens menés à Cotonou, Lomé et à Abuja en mars et juin 2018, ce rapport s’interroge sur la manière dont le mécanisme d’alerte précoce et de réponse de la CEDEAO contribue à la prévention des conflits en Afrique de l’Ouest. Partant des obstacles politiques et techniques auxquels la CEDEAO a été confrontée, il présente tout d’abord ses évolutions en matière de collecte de données ainsi que la récente réforme de décentralisation au plan national. En outre, il passe en revue les réponses que la CEDEAO, les États et la société civile sont susceptibles d’apporter pour combler le décalage persistant entre l’alerte et la réponse. Enfin, il conclut sur l’idée qu’au-delà des difficultés techniques et financières, le déficit d’alerte précoce et les délais de réponse, souvent trop longs, résultent aussi d’une culture de la prévention encore très théorique. Des pistes de réflexion sont proposées pour en permettre une meilleure opérationnalisation.

L’auteure tient à remercier tout particulièrement Esso Wèdeou Gnamke, assistant de recherche au Togo et au Bénin, pour sa précieuse contribution dans la préparation des missions et la collecte de données.

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Amandine Gnanguênon est docteure en science politique de l'Université Clermont Auvergne. Elle est chercheure associée à United Nations University – Institute on Comparative Regional Integration Studies (UNU-CRIS) et au programme Afrique à European Council on Foreign Relations (ECFR). Elle a été directrice du projet Guerre et recomposition du Politique en 2012-2017. En tant qu'analyste politique, elle a occupé plusieurs postes au sein du gouvernement français, de think tanks et a conseillé des organisations internationales. Elle a notamment été chercheure principale à l’Institut d’études de sécurité (ISS) au bureau de Dakar et en charge du programme Afrique à l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (IRSEM). Ses recherches portent sur l’analyse de la conflictualité en Afrique ; les mécanismes africains de prévention et gestion des conflits ; l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) et la CEDEAO.

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