La Force de répression des gangs en Haïti, dernier avatar du Conseil de sécurité de l’ONU

Depuis 1993, l’ONU s’est engagée en Haïti à travers une succession de missions avec un bilan contrasté : des avancées tactiques réelles, mais aussi de lourds traumatismes et un échec à traiter les causes profondes de la crise sécuritaire, en premier lieu la corruption et la faiblesse du système judiciaire. L’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021 a révélé le degré d’infiltration criminelle de l’État haïtien et ouvert une période de transition marquée par une violence croissante. L’organisation des prochaines élections générales avec un premier tour prévu le 13 décembre 2026 – selon le décret électoral du 2 juillet de la même année – constitue un défi ; alors qu’aucune élection ne s’est tenue depuis 10 ans et que le pays ne compte plus aucun élu.

En 2023, la Résolution 2699 a créé la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), une force policière plafonnée à 2 500 effectifs. Ses résultats ont été très en-deçà des attentes : moins de 1 000 policiers déployés, un budget annuel disproportionné, un mandat trop restrictif. La MMAS n’a pas permis d’empêcher l’aggravation de la crise humanitaire et sécuritaire. 

Le 30 septembre 2025, la Résolution 2793 a acté la transformation de la MMAS en une force nettement plus robuste et offensive, la Force de répression des gangs (FRG). Contrairement à la MMAS, la FRG est autorisée à mener des opérations antigangs autonomes et n’étant pas une opération onusienne, elle s’émancipe des règles du maintien de la paix pour disposer d’un mandat particulièrement robuste et offensif. Cette résolution a créé simultanément le Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (United Nations Support Office in Haiti – UNSOH), chargé du soutien logistique de la FRG. Ces missions cohabitent depuis le 1er avril 2026 avec le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), mission politique en place depuis 2019. Il en résulte une architecture inédite « à trois têtes » : le BINUH (volet politique), l’UNSOH (soutien logistique) et la FRG (composante militaire), chacune dotée de sa propre chaîne hiérarchique. 

La présente note identifie trois niveaux d’enjeux pour la réussite de cette nouvelle architecture. D’abord, un test auprès de la population haïtienne, dont l’acceptation dépendra de résultats concrets et rapides (retour dans les quartiers des populations, tenue des élections telle que prévue par le calendrier électoral du 26 juillet 2025) et de la bonne conduite des troupes déployées. Ensuite, un test interne à l’ONU, avec la nécessité d’une coordination étroite entre le BINUH, l’UNSOH et la FRG pour éviter les doublons et préserver la cohérence de l’action onusienne. Enfin, un test politique au Conseil de sécurité lors du renouvellement du mandat de la FRG fin septembre 2026. De ce triple test dépendra le succès de cette architecture tripartite et les réflexions sur la possible duplication de ce modèle sur d’autres théâtres d’opération.

La Force de répression des gangs en Haïti, dernier avatar du Conseil de sécurité de l’ONU

Site Web |  Plus de publications

Bertrand Ollivier est chercheur affilié au Centre Thucydide de l'Université Paris II Panthéon-Assas et chercheur associé à l'Observatoire Boutros-Ghali du maintien de la paix depuis 2021. Ses recherches mêlent travaux académiques et retours d'expérience, en particulier sur le Sahel ou il a travaillé comme analyste pour la MINUSMA, chercheur à l'ONUDC et spécialiste à la Direction des affaires politiques de l'OIF. Il est désormais Conseiller politique en ambassade

Suivez-nous

526FansJ'aime
609SuiveursSuivre
651AbonnésS'abonner

Dernières publications