Vanessa Newby et Chiara Ruffa, « US and Israel push to end UN peacekeeping mandate in south Lebanon risks regional chaos », The Conversation, 26 août 2025.
Vanessa Newby et Chiara Ruffa, « US and Israel push to end UN peacekeeping mandate in south Lebanon risks regional chaos », The Conversation, 26 août 2025.
Dans cet article de The Conversation, Vanessa Newby, maîtresse de conférences en politique et relations internationales à l’Université Monash ; et Chiara Ruffa, professeure de science politique à Science Po, abordent les défis politiques auxquels est confrontée la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) et leurs effets sur le renouvellement de son mandat. En effet, le report de la réunion du Conseil de sécurité avait suscité des doutes quant à une éventuelle fin de mission et aux répercussions possibles sur la stabilité au Moyen-Orient.
La mission fait l’objet de critiques de la part des États-Unis et d’Israël. Les États-Unis mettent en cause l’efficacité de cette mission, alors que Washington souhaite réduire son soutien financier aux opérations de maintien de la paix de l’ONU. Israël porte des critiques plus vives à l’égard de la mission, la jugeant incapable à répondre à la menace posée par le Hezbollah. Or, les auteures rappellent que la FINUL n’a jamais eu pour mandat de désarmer directement le Hezbollah, mais de créer et maintenir une zone exempte de groupes armés dans le sud du Liban, en appui aux Forces armées libanaises (FAL). Par ailleurs, en 2024, à la suite de l’accord de cessez-le-feu entre le Liban et Israël, Beyrouth avait déjà pris des mesures pour limiter la présence militaire du Hezbollah dans la région, en renforçant le déploiement de ses forces armées dans le sud et en démantelant les fortifications du Hezbollah. De plus, en 2025, le gouvernement a chargé l’armée libanaise d’élaborer un plan visant à assurer un monopole étatique sur les armes. Ce processus, bien que précaire, témoigne d’une volonté réelle de Beyrouth d’affirmer son contrôle sur le Hezbollah, tout en soulignant le rôle stabilisateur de la FINUL dans la région.
Malgré ces efforts, la position d’Israël à l’égard de la FINUL reste inchangée, reflétant une stratégie visant à délégitimer la mission et privilégier le recours à l’action militaire plutôt qu’à des solutions diplomatiques. Israël a notamment, à plusieurs reprises, entravé le bon déroulement de la mission en ciblant les positions de la FINUL et en occupant des positions à l’intérieur du territoire libanais.
Néanmoins, la FINUL reste cruciale pour la stabilité de la région. Elle est l’un des derniers remparts de stabilité dans une région déjà fragile. Face à la faiblesse des FAL, son retrait pourrait conduire à une recrudescence des activités du Hezbollah dans le sud du Liban, avec le risque d’un nouveau conflit direct entre Israël et le Hezbollah, voire d’une invasion israélienne.
Albert Trithart, « What Is Behind Israel’s Deliberate Attacks on UN Peacekeepers in Lebanon? An Interview with Karim Makdisi », Global Observatory, octobre 2024.
Albert Trithart, « What Is Behind Israel’s Deliberate Attacks on UN Peacekeepers in Lebanon? An Interview with Karim Makdisi », Global Observatory, octobre 2024.
Cette interview de Karim Makdisi, Professeur associé en politique internationale à l’Université américaine de Beirut, menée par Albert Trithart, chercheur au sein de l’International Peace Institute (IPI), se penche sur le ciblage délibéré par Israël des soldats de la Force Intermédiaire des Nations unies au Liban (FINUL). Elle analyse le contexte géopolitique et militaire plus large et s’intéresse à l’historique des actions israéliennes dans la région, le rôle de la FINUL et les relations entre ces deux acteurs, et le Hezbollah.
Makdisi explique que les attaques d’Israël contre la FINUL ne sont ni accidentelles ni des incidents isolés, et ce depuis son déploiement en 1978. Historiquement, ces attaques ont eu lieu en réponse aux tensions entre Israël et le Hezbollah. Israël justifie souvent ses actions en accusant l’ONU de ne pas avoir réussi à limiter les activités du Hezbollah, mais Makdisi estime que ce discours simplifie à l’extrême la réalité complexe du terrain et sert de justification pour Israël.
Il souligne le double défi auquel est confrontée la FINUL : maintenir sa neutralité tout en opérant dans un environnement profondément polarisé. Cette situation fait souvent de la mission une cible pour les deux parties, et les attaques contre les soldats de la paix peuvent servir à saper la légitimité de la présence de l’ONU. Ces incidents révèlent également les limites des mécanismes internationaux, notamment au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, où les alliés d’Israël la protègent souvent. La résolution 1701 en est un parfait exemple : au moment où la question du retrait de la FINUL intervient, en 2006, une résolution renforçant le mandat de la FINUL voit le jour. Cette résolution était initialement bien plus contraignante que sa version finale. La résolution 1701 a largement augmenté le nombre de troupes sur place, comprenant notamment de nombreux soldats européens, et a rendu son mandat plus robuste mais sans mécanisme d’exécution contraignant.
L’entretien souligne la position précaire des forces de maintien de la paix dans les zones de conflit comme le Liban. Alors que leur mission est de stabiliser et d’empêcher l’escalade, ils se retrouvent souvent pris entre les feux de luttes géopolitiques plus vastes. Makdisi appelle à une réévaluation du mandat de la FINUL et à une intensification des efforts internationaux pour s’attaquer aux causes profondes du conflit. Il dénonce également les discours occidentaux quant au non-respect du droit international par Israël depuis le 7 octobre 2023, qui selon lui ne condamnent pas fermement les actions d’Israël. Il considère que la mission, ainsi que les hauts responsables politiques onusiens, pourraient et devraient faire plus pour dénoncer les actions israéliennes et protéger les civils libanais. L’obtention d’un cessez-le-feu est pour lui une urgence.
Vanessa Newby et Chiara Ruffa, « UN peacekeepers at risk as they deliver protection for civilians in southern Lebanon », The Conversation, octobre 2024.
Modal title
Dans un article publié sur le site The Conversation, Vanessa Newby, de l’université de Leiden, et Chiara Ruffa de Sciences Po Paris, s’intéressent aux récentes attaques des forces de défense israélienne dans le sud du Liban et leur impact sur la mission de l’ONU présente dans la région, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), et en particulier sur son mandat de protection des civils.
L’article rapporte que les casques bleus ont subi une série d’incidents perpétrés par l’armée israélienne. Lors de ces incidents, deux casques bleus de la FINUL ont été blessés par un char israélien.
Les autrices rappellent l’importance de la FINUL dans la région qui a notamment permis une certaine stabilité dans la région, depuis sa création. Depuis 1978, la FINUL a porté assistance à la population locale et a déminé une partie du territoire. En 2006, le renouvellement de son mandat a permis d’inclure la protection des civils, comme c’est le cas de tous les mandats de l’ONU aujourd’hui.
Vanessa Newby et Chiara Ruffa soulignent le fait qu’il ne faut pas que la FINUL ne devienne pas un dommage collatéral des affrontements dans la région, comme cela a déjà été le cas par le passé. Elles soulignent que les attaques d’Israël contre les infrastructures militaires du Hezbollah peuvent avoir un impact sur les civils. Il a récemment été rapporté que plus de 2 000 civils ont trouvé la mort lors de la dernière incursion israélienne, que plus de 9 000 personnes ont été blessées et que plus de 608 000 personnes ont été déplacées. Malgré ces défis, la FINUL a un important rôle à jouer dans la région.
Dernièrement, l’armée israélienne a pressé un bataillon de la FINUL de déserter. Mais le commandant de la mission, le major général Aroldo Lázaro Sáenz a refusé. Cette situation cause des tensions au sein du Conseil de sécurité, où les États-Unis ont notamment prévenu qu’il ne voulait pas d’actions militaires contre la FINUL. Ce qui n’a pas été bien accueilli par Benjamin Netanyahu qui a qualifié l’ONU de “méprisable”. De plus, le 2 octobre, l’entrée en Israël du Secrétaire Général de l’ONU a été refusée.
Les autrices rappellent qu’il est essentiel que les alliés d’Israël augmentent la pression afin de permettre à la FINUL de protéger les civils comme convenu dans son mandat, mais aussi de permettre aux forces humanitaires de livrer l’aide humanitaire, et de créer des zones sécurisées pour les civils.
