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À l’aube de son 81e anniversaire, l’ONU réforme son administration à défaut d’une refonte politique

Le 24 octobre, la « Journée des Nations unies » marque l’entrée en vigueur de la Charte de 1945, acte de naissance de l’organisation. À l’aube de son 81e anniversaire, l’ONU traverse une crise globale de confiance qui touche à la fois l’organisation, ses moyens d’action et plus largement le multilatéralisme. Cette défiance s’explique par un affaiblissement de la coopération internationale et le désengagement de certaines grandes puissances. Cette crise se manifeste sur deux plans distincts. Sur le plan financier, des arriérés de contributions obligatoires, notamment ceux des États-Unis, la privent de liquidités et ont poussé les États-membres à réduire les budgets annuels. Sur le plan politique, la réforme du Conseil de sécurité, voulue par de nombreux pays, reste dans l’impasse.  

Une crise financière causée par les impayés des États membres  

La crise financière résulte du non-respect par les États membres de leurs obligations de paiement. Les États-Unis sont les premiers concernés mais pas les seuls. La Chine a également accumulé des retards. L’ONU a clôturé 2025 avec un niveau record d’impayés, à 1,6 milliard de dollars. Les arriérés globaux (budget ordinaire, opérations de maintien de la paix et deux tribunaux internationaux) dépassent 6,5 milliards de dollars. Selon Catherine Pollard, responsable de la gestion de l’ONU, l’organisation a dû puiser dans ses réserves dès le milieu de l’année (voir édito juin 2025). 

Ces retards de paiements étaient aggravés par une règle qui imposait jusqu’ici à l’ONU de restituer aux États membres les fonds non dépensés sous forme de crédit sur leurs contributions futures. Cela valait de même lorsque la non-dépense était causée par des versements arrivés trop tard pour être utilisés, ou bien des fonds jamais reçus. L’organisation devait alors rendre l’argent qu’elle n’avait jamais utilisé, voire même jamais perçu. Heureusement, le 30 juin 2026, ce mécanisme a pris fin après une décision prise par l’Assemblée générale, laissant place à une période d’essai de quatre ans ou seuls les fonds dument encaissés seront restitués en cas de non-dépense.  

Une réforme interne  

Pour remédier aux difficultés financières et à la remise en cause de son efficacité, l’ONU a lancé en mars 2025 l’initiative ONU80, dans un contexte marqué par la préparation de la succession d’António Guterres, dont le mandat s’achève fin 2026. Pour rappel, ONU 80 a pour objectif de renforcer l’efficacité du Secrétariat, de réexaminer la mise en œuvre des mandats confiés à ses équipes, de revoir les structures administratives et surtout de réduire les coûts. L’initiative s’inscrit dans le prolongement de l’Agenda 2030, du Pacte pour l’Avenir et « Notre Programme commun » (voir à ce sujet notre brève d’octobre 2025octobre 2025).  

Ce que l’initiative ONU80 a changé en 2026 

Il est encore trop tôt pour parler d’efficacité. À ce stade, il s’agit plutôt d’une volonté affichée et rien ne permet encore de dire si l’initiative aura les effets escomptés. Les conséquences les plus visibles en 2026 sont surtout des restructurations, des coupes budgétaires nettes, et des réductions importantes de personnel, avec la suppression d’environ 2 400 postes. 

Dans le cadre de sa volonté d’accroître son efficacité, l’ONU a adopté le 31 mars la Résolution 80/251 sur les mandats, présentée par l’organisation comme une « grande avancée ». Elle vise à rationaliser le cycle de vie des mandats pour éliminer les doublons. Le registre de mandats, dorénavant disponible en ligne pour plus de transparence, permet de rechercher plus de 43 000 résolutions et décisions. 

La capacité financière au cœur des enjeux de pouvoir  

Cette crise de l’ONU est avant tout pécuniaire, et ONU80 est une tentative pour y pallier. Le 13 octobre, devant les États membres, Guterres a prévenu : « L’efficacité ne peut, à elle seule, compenser l’instabilité des fondements financiers de l’organisation ». Les États-Unis ont versé 725 millions de dollars en septembre mais ils doivent encore 1,312 milliards.  

Pour rappel, la baisse des budgets n’est pas le résultat d’ONU80 mais des refus et retards de paiements des États membres – les États-Unis en premier lieu. Sans ces pratiques discutables, l’ONU n’aurait probablement pas eu besoin de baisser ses objectifs budgétaires.  Le budget 2026, fixé à environ 3,4 milliards de dollars, a été adopté en baisse de plus de 7%. Pour 2027, le Secrétaire général a proposé le 13 octobre un budget de 3,302 milliards de dollars, soit 40,8 millions de moins qu’en 2026. Il doit encore être voté dans les prochaines semaines. Même avec des moyens limités, l’ONU doit continuer à assumer les responsabilités que les États lui confient. 

La réforme du Conseil de sécurité au point mort 

Finalement, la réforme la plus politique et surtout la plus attendue, celle du Conseil de sécurité, avance très peu. Le 23 septembre 2026, le Kenya a affirmé que « l’égalité proclamée dans cette Assemblée s’arrête aux portes du Conseil de Sécurité ». L’Amérique latine, les Caraïbes et l’Afrique ne disposent pas de siège permanent.  Pourtant, au cours de la dernière décennie, 80% des résolutions du Conseil concernaient des conflits en Afrique (voir édito février 2026). 

Ces réformes et changements témoignent d’une réelle volonté de l’ONU de se remettre en question mais elles restent toutefois limitées. Le budget 2027 n’étant pas encore adopté, le ou la futur·e Secrétaire général·e qui prendra la relève devra poursuivre les réformes tout en obtenant des États membres les moyens pour financer les missions que ces derniers attribuent à l’organisation. 

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