4 mars 2026

L’ONU à la croisée des chemins : gouverner les technologies numériques qui intègrent l’IA tout en les utilisant dans ses opérations de paix

Le développement rapide de l’intelligence artificielle (IA) transforme profondément les rapports sociaux, économiques et politiques à l’échelle mondiale. Consciente des risques qu’entraîne cette révolution technologique – atteintes aux droits fondamentaux, normalisation de l’usage de la force et accroissement des tensions internationales – l’ONU cherche depuis plusieurs années à structurer la gouvernance globale de l’IA. L’organisation entend se positionner comme un acteur normatif central, estimant que les initiatives actuelles restent fragmentées et concurrentes, et que seule une régulation collective peut limiter les dérives potentielles, notamment dans les domaines sécuritaires et militaires.

Parallèlement à cette ambition normative, l’ONU intègre elle-même l’IA et les technologies fondées sur les données dans ses propres pratiques, en particulier dans les opérations de paix (OP). L’exploitation croissante de données numériques, couplée à de nouvelles capacités de calcul et d’analyse, nourrit notamment l’idée que les comportements des acteurs sur le théâtre des OP peuvent être mieux anticipés afin de renforcer la prévention des violences. Toutefois, ces expérimentations demeurent souvent ad hoc ou expérimentales et leurs modalités d’usage manquent encore de clarté, soulevant des enjeux critiques en matière d’éthique, d’efficacité opérationnelle et d’adéquation avec les objectifs et les mandats des missions.

Ainsi, l’Organisation fait face à une situation délicate consistant à promouvoir une régulation internationale ambitieuse tout en adoptant une posture exemplaire à travers l’encadrement de l’usage interne des outils qu’elle déploie elle-même. L’étude analyse ce double mouvement en examinant : d’une part, les stratégies normatives de l’ONU et, d’autre part, les pratiques concrètes de collecte, d’utilisation et d’analyse – parfois automatisée – de données dans les OP, notamment à travers les dispositifs SAGE et Unite Aware. Elle interroge enfin les défis inhérents à l’introduction de ces technologies dans les OP et l’impact qu’elles sont susceptibles d’avoir sur la légitimité des Nations unies en matière de maintien de la paix et de gouvernance mondiale de l’IA.

L’ONU à la croisée des chemins : gouverner les technologies numériques qui intègrent l’IA tout en les utilisant dans ses opérations de paix

Cette publication est également disponible en anglais. Pour plus d’informations, voir The UN at a crossroads: governing digital technologies that incorporate AI while using them in its peace operations.

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Antoine Younsi est chargé de recherche au sein du GRIP depuis mars 2024. Il est titulaire d’un master de sociologie, parcours « sociétés, pouvoirs et représentations », effectué à l’Université de Bordeaux. Actuellement, il termine son doctorat de relations internationales à l’ULB, qui porte sur les régimes d’actions « contre-terroristes » au Mali. Ses domaines d’expertise portent sur les problématiques relatives aux interventions militaires au Sahel, à l’usage de la force dans les conflits armés contemporains, aux relations civilo-militaires en France, ainsi qu’au rapport entre l’évolution des technologies et des pratiques guerrières.

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