Le maintien de la paix onusien connaît, à l’instar de l’ONU dans son ensemble, une crise multidimensionnelle. Cette crise pose la question de l’adaptabilité et de la flexibilité des opérations de paix à de nouvelles réalités non seulement à New York mais également sur le terrain de leur déploiement. C’est dans ce contexte que la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), déployée depuis 1978, a été confrontée à des bouleversements violents dans sa zone d’opérations (ZO) dans la foulée des attaques du 7 octobre 2023 perpétrées en Israël par le Hamas palestinien. La teneur de ces développements et leur durée ont significativement mis à l’épreuve la flexibilité et la capacité d’adaptation de la mission.
Quand on parle d’adaptabilité des opérations de paix, plusieurs niveaux sont à distinguer. Au niveau global, elle s’entend comme l’adaptation du maintien de la paix à une conjoncture internationale marquée par des recompositions géopolitiques, des coupes budgétaires, des défis technologiques, et des environnements locaux plus complexes. Au niveau d’une mission, elle est souvent associée au processus de changement évolutif de cette dernière en réponse aux transformations de son environnement. Lorsque le changement opéré est structurel, on tend à parler d’adaptabilité. Lorsque les ajustements sont plus ponctuels et visent à faire face à une conjoncture particulière, il s’agit davantage d’adaptation.
Dans le cas de la FINUL et sur fond d’interrogations multiples au sein du maintien de la paix, les deux dimensions émergent à partir d’automne 2023 : d’abord une adaptation opérationnelle permettant de naviguer dans un environnement de plus en plus volatile ; ensuite, dans la période post-crise aiguë, une adaptation plus stratégique et structurelle mais dont la focalisation sur quelques dimensions du mandat la situe dans une sorte d’infra-adaptabilité.
Partant des bouleversements qui s’enchainent depuis 2023, cette note analyse ces deux dimensions de l’adaptation de la FINUL à une succession de défis multiformes. Elle tente d’identifier les facteurs qui influencent le processus et les modalités d’adaptation de la mission, tout en posant la question de leur d’effectivité et celle de leur contribution au maintien de la paix.
La première section présente la situation dans laquelle opère la FINUL avant octobre 2023 en en pointant les complexités. Les trois sections suivantes s’intéressent aux développements survenant dans l’environnement de la mission, aux défis que cela lui pose, et aux adaptations qu’elle opère en conséquence pour les périodes allant du mois d’octobre 2023 à septembre 2024, celle de crise paroxystique (septembre à novembre 2024), puis post-cessation des hostilités (après fin novembre 2024). La cinquième section offre une synthèse des adaptations et analyse les facteurs qui les ont façonnées tandis que la sixième et dernière section analyse les adaptations de la FINUL au prisme des réflexions sur le maintien de la paix qui sont au cœur des débats onusiens depuis plusieurs années, faisant émerger des interrogations cruciales sur l’avenir du maintien de la paix onusien.
Elena AOUN est professeure et chercheure en relations internationales à l’Université catholique de Louvain et membre du Centre d’études des crises et des conflits internationaux (CECRI) et du groupe d’études et de recherches sur le Monde Arabe contemporain (GERMAC). Titulaire d’un doctorat en Etudes politiques de Sciences Po Paris (2007), elle a travaillé en thèse sur l’implication de l’Union européenne dans le processus de paix au Moyen-Orient. En 2008-2009, Elena Aoun a effectué un post-doctorat à l’Institut d’études européennes des Universités de Montréal et McGill. Ses recherches se sont alors focalisées sur la politique de l’Union européenne à l’égard de la justice pénale internationale et en particulier de la Cour pénale internationale.
Les recherches actuelles d’Elena Aoun se concentrent sur les crises du Moyen-Orient et la politique étrangère de l’UE à leur égard, avec une attention spéciale à la crise syrienne et ses multiples ramifications, y compris la dynamique transnationale du djihadisme de l’Etat islamique. Elle est également impliquée dans un projet ARC intitulé : « Resistance to international prescriptions and injunctions in Africa and the Middle East today » dans le cadre duquel elle travaille sur la résistance aux politiques du genre au Moyen-Orient. Elle collabore avec Thierry Kellner (ULB, GRIP) sur les stratégies des puissances émergentes à l’égard du Moyen-Orient et avec Didier Leroy (ULB – ERM) sur un projet portant sur la participation d’acteurs libanais non-étatiques au conflit en Syrie.








