Thierry Vircoulon, « La Mission des Nations unies au Congo ou l’exemplaire inutilité des Casques bleus », Institut français des relations internationales, 7 février 2025.

Dans cette note d’analyse publiée par le Centre Afrique subsaharienne de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI), Thierry Vircoulon, chercheur associé de l’Institut, entend souligner l’inefficacité de la MONUSCO. Avec la prise de Goma par le M23 le 27 janvier 2025, la MONUSCO se retrouve se retrouve aujourd’hui piégée dans un conflit qu’elle ne parvient ni à contenir ni à influencer malgré la présence de plus de 10 000 Casques bleus. Autrefois un acteur central dans la résolution du conflit du M23 en 2013, l’Organisation des Nations unies (ONU) voit son rôle remis en question « par l’intensification des combats ».  

L’auteur revient d’abord sur le retrait — selon lui paradoxal —  de la MONUSCO de la province du Sud-Kivu en 2024, en pleine résurgence du conflit avec le M23. Bien que ce retrait ait été réclamé de longue date par la République Démocratique du Congo (RDC), il s’inscrit dans un processus progressif engagé dès 2021, dont la mise en œuvre effective s’est concrétisée malgré la détérioration de la situation sécuritaire.  

L’ONU affirme dès la reprise des hostilités en 2022 « son incapacité à stopper le M23 ». L’auteur dénonce un désengagement bâclé, basé sur « un plan de transition financièrement irréaliste », sans consultation approfondie des acteurs locaux ni ressources suffisantes pour garantir la sécurité après le départ des Casques bleus. De plus, le retrait coïncide avec l’intensification des combats, qui démontre « l’incapacité des Casques bleus à protéger la population civile ».  

L’auteur aborde ensuite le rôle marginal de la MONUSCO dans la gestion du second conflit du M23. L’interposition militaire a été confiée à des acteurs régionaux tandis que la médiation entre la RDC et le Rwanda a été menée par l’Angola. La MONUSCO n’a retrouvé qu’un « rôle modeste dans la gestion du conflit » par le biais d’un mécanisme ad hoc de vérification du cessez-le-feu négocié par l’Angola et d’un soutien logistique à la mission de la SADC (Southern African Development Community) en RDC (SAMIRDC).  

Pour Thierry Vircoulon, l’évolution du rôle de la MONUSCO entre le premier et le second conflit du M23 illustre l’obsolescence des opérations onusiennes du maintien de la paix. Selon lui, la chute de Goma occulte un débat « indispensable qui n’a jamais vraiment eu lieu » : celui sur son utilité in fine. Malgré les évidences sur son échec, ni les résultats de ses actions ni son mandat ne sont « remis en cause ».