Dans cet article publié dans Military Review, Christopher Sims, doctorant du King’s College de Londres, explore l’impact des pratiques de partage d’information au sein des organisations internationales. Il analyse la manière dont les informations sont collectées, traitées et diffusées et comment cela a un impact direct sur l’efficacité de ces organisations. Cet article se penche particulièrement sur le cas de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA, active entre 2013 et 2023).
L’argument clé de cet article est que le partage de l’information joue un rôle crucial dans l’amélioration du succès des opérations de maintien de la paix. Sims soutient qu’une information correctement traitée et partagée contribue fortement à la sécurité des troupes et à la réussite de la mission.
L’article commence par dresser un tableau factuel de la MINUSMA, qui repose sur un mandat peu clair, qui propose des recommandations plutôt que des directives fermes. Le langage utilisé dans le mandat est ambigu, et plusieurs équipes aux objectifs divergents participent à la mission. De plus, la diversité linguistique au sein des contingents complique encore la coordination. Il est donc difficile de partager des informations de manière uniforme et de maintenir un niveau de qualité cohérent, d’autant plus que l’environnement conflictuel du Mali rend la situation encore plus complexe.
Ensuite, l’article décrit la collecte d’information au sein d’une telle mission. L’information provient de sources diverses et variées : renseignements recueillis par des unités militaires, par des ONG, par la société civile. S’ajoutent à cela des directives venant de la hiérarchie et le mandat de la mission à honorer.
Dans le cadre de la MINUSMA, des centres d’opérations conjoints et des cellules de fusion pour regrouper des informations de diverses sources ont été mis en place. Ces structures facilitent la coordination entre les composantes militaires, policières et civiles de la mission et permettent d’améliorer la réactivité et l’efficacité de la mission.
Sims insiste également sur l’importance d’inclure les populations locales dans les processus d’échange d’informations. Cependant, il note une méfiance récurrente et réciproque entre les forces onusiennes et les populations locales.
La grande variété d’acteurs, de ressources, d’objectifs, d’ambitions, de stratégies, de sensibilités nationales et ethniques, dans un contexte souvent tendu, sont autant d’obstacles à une communication aisée – pourtant cruciale – pour la réussite de la mission.
L’article tire trois conclusions afin d’améliorer la transmission d’informations au sein de futures missions :
- La priorité devrait être donnée aux conversations civiles-militaires ;
- Une mémoire institutionnelle permettrait de conserver les acquis au sein des équipes de terrain, et pour les missions futures ;
- Des canaux de communication plus efficaces entre les acteurs locaux permettraient d’éviter que les sensibilités nationales ne compromettent la coopération et l’échange d’informations.
