Une analyse intégrée des missions politiques spéciales et des opérations de maintien de la paix des Nations unies : similitudes et différences

Cette note de synthèse propose une analyse intégrée des deux principaux outils de promotion de paix à disposition de l’ONU : les opérations de maintien de la paix (OMP) et les missions politiques spéciales (MPS), habituellement traitées séparément dans la littérature académique et la pratique onusienne.

L’analyse, fondée sur les documents pertinents de l’ONU, la base de données UNPMM (United Nations Peace Mission Mandates) ainsi que sur plus de 100 entretiens de terrain, montre que si les OMP et les MPS diffèrent par leur base légale, leur financement, leur personnel et leur administration, elles partagent des objectifs similaires – qui vont de mandats minimalistes (gestion des conséquences immédiates des conflits) à des mandats maximalistes (consolidation d’une paix libérale durable). De plus, elles sont souvent déployées de manière complémentaire ou séquentielle dans un même contexte. Sur le plan historique, la note retrace comment le nombre et le type de missions déployées ont évolué en fonction des normes internationales dominantes et du niveau de rivalité géopolitique entre grandes puissances, depuis les missions minimalistes de la Guerre froide jusqu’à l’expansion des mandats maximalistes après 1990, puis au recentrage récent sur les MPS depuis 2014 – une tendance renforcée par la crise financière actuelle de l’ONU.

La note identifie deux défis majeurs et interconnectés auxquels sont confrontées ces opérations de paix onusiennes aujourd’hui : d’une part, la polarisation croissante au sein du Conseil de sécurité, qui se traduit par une hausse des vetos et des abstentions et complique le déploiement et le renouvellement des mandats ; d’autre part, la diversification des acteurs militaires et politiques qui proposent des approches parfois concurrentes, remettant en question la primauté normative de l’ONU dans la gestion des conflits.

 Une analyse intégrée des missions politiques spéciales et des opérations de maintien de la paix des Nations unies : similitudes et différences

Fanny Badache est maîtresse-assistante au département de science politique et relations internationales de l’Université de Genève. Entre 2025 et 2027, elle est bénéficiaire d’une bourse de recherche Marie Skłodowska-Curie au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris. Ses travaux se situent à l’intersection entre l’administration publique et les relations internationales. Elle s’intéresse au personnel des organisations internationales qui travaille au siège et dans les opérations de paix de l’ONU. Elle a précédemment occupé des postes à l’Université de Lausanne, à la City University de New York, à l’Institut Universitaire Européen et au Geneva Graduate Institute.

Dr Sara Hellmüller est professeure de recherche au Geneva Graduate Institute. Elle dirige un projet sur le consentement des belligérants aux missions de paix de l’ONU. Ses travaux portent sur les processus de paix, en particulier les opérations de maintien de la paix de l’ONU, le rôle des normes dans la promotion de la paix, ainsi que la consolidation de la paix à l’échelle locale et internationale, notamment en Syrie et en République démocratique du Congo (RDC). Forte de plus de dix ans d’expérience dans des contextes marqués par les conflits, Sara Hellmüller a travaillé pour des organisations internationales, régionales et non gouvernementales, ainsi que pour le Département fédéral suisse des affaires étrangères, en appui à des processus de paix au Darfour, en RDC, en Guinée-Bissau, en Guinée et en Libye. De 2016 à 2018, elle a conseillé le Bureau de l’Envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie sur l’inclusion de la société civile dans les pourparlers intra-syriens à Genève.