• Dustin Jonshon, « Women as the Essential Protectors of Children ?: Gender and Child Protection in UN Peacekeeping », International Peacekeeping, janvier 2022. Dans cette étude, Dustin Johnson cherche à comprendre l’impact de la question de la diversité de genre dans l’efficacité des missions de maintien de la paix et en particulier dans l’application du mandat de protection des enfants. Il s'est concentré sur l’analyse des guides et manuels de l’ONU relatifs à la protection des enfants dans un contexte d’opération de paix. Il y analyse notamment les représentations qui sont faites des casques bleus et des enfants. Il constate que, même si l’évolution de la pratique du maintien de la paix a entrainé des changements positifs en particulier dans la participation des femmes, ces documents mettent en évidence différentes constructions de genre limitantes qui peuvent conduire à des erreurs et des errances au sein des casques bleus. Ainsi, la protection physique des enfants est implicitement présentée comme dépendante des hommes alors que le soin est subordonné aux femmes. De plus, la représentation des enfants comme victime de la guerre et non comme acteur potentiel d’un conflit, participe à la construction d’une protection exclusivement masculine. Par ailleurs, il note que dans ces ouvrages le genre est représenté pour les enfants comme une cause de vulnérabilité alors qu’il est, pour les casques bleus, présentés comme un facteur d’efficacité opérationnelle. Finalement, cette étude illustre comment ces représentations peuvent conduire à des lacunes dans l’efficacité des politiques et des pratiques de maintien de la paix et en particulier dans le mandat de protection des enfants.
     
  • Marie Cold-Ravnkilde, Marsha Henry, Robin May Schott & Nina Wilén, Inclusion is Not Enough to Achieve Gender and Racial Equality in Global Peace and Security, DIIS, décembre 2021. Les auteurs viennent mettre en lumière dans la note d’orientation publiée par Danish Institut International Studies le 3 décembre, des recommandations pour atteindre l'égalité des sexes dans les opérations de paix. Les vingt dernières années ont en effet entraîné une augmentation significative de la sensibilisation aux pratiques de guerre qui nuisent aux femmes, y compris le viol et les abus sexuels. Pour les auteurs, il s’agit d’aller au-delà de la question de la place des femmes, pour comprendre de manière plus globale les hiérarchies de pouvoir genrées et racialisées dans les mondes civil et militaire. Les expériences du maintien de la paix depuis les années 2000 mettent en évidence la nécessité d’une appproche intersectionnelle pour examiner comment les systèmes de pouvoir, y compris le genre, la race, les axes Nord-Sud, l’âge, la classe et la religion, coexistent et interagissent les uns avec les autres. Ainsi pour parvenir à une égalité effective des sexes, les Etats membres de l’ONU, au moins, devraient :
  • Déplacer l’attention du nombre de femmes dans l’armée vers le fait de rendre la culture de l’armée plus inclusive,
  • Accroître les capacités et les compétences des soldats de la paix sur les questions d’inégalités locales et mondiales,
  • Renforcer les mécanismes externes pour traiter les questions d’exploitation et d’abus sexuels par et contre tout personnel militaire et civil.
     
  • Wenche Iren Hauge, « “Nobody Listens to Us”: Minors in DDR Processes – The Gender Dimension”, PRIO Paper, 2021. Wenche Iren Hauge s’est intéressée à la question des personnes mineures dans les situations de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), à travers deux enquêtes de terrain en Colombie et au Népal. De ses 47 interviews ressortent plusieurs constats : les interviewé.e.s ont en grande majorité rejoint un groupe armé de leur plein gré, y ont trouvé une certaine forme de sécurité et ont, au cœur du processus de DDR, souffert de leur séparation d’avec les combattants majeurs. Leur réunion avec leurs familles et leur réintégration au sein de communautés locales a été, dans la plupart des cas, un échec. Ils se sentent oubliés et ignorés, un interrogé allant jusqu’à affirmer : « personne ne nous écoute ». Hauge met en exergue la situation spécifique des jeunes filles au sein du processus. Les filles interrogées affirment avoir trouvé une forme de protection et de sécurité au sein des groupes armés, notamment contre les risques de viols et d’abus, voire une forme d’émancipation, les guérillas leur attribuant des responsabilités au-delà des cadres de genre traditionnels dans leurs régions respectives. Elles rencontrent des difficultés spécifiques lors du DDR, à la fois rejetées pour leurs attitudes jugées non-conformes aux normes sociales des communautés locales, mais aussi stigmatisées si elles sont enceintes ou ont des enfants hors du cadre traditionnel du mariage. Hauge recommande à l’ONU de revoir ses standards IDDR afin de mieux prendre en compte les besoins spécifiques des mineurs, sur la base des multiples constats d’échecs de son rapport, avec un accent particulier sur les besoins spécifiques des filles, touchées par des problèmes mal pris compte par les normes actuelles.
  • Dr. Anna Naa Adochoo Mensah, « Gender Mainstreaming in UN Peace Operations and the Prevention of the Recruitment and Use of Child Soldiers », Allons-y: Journal of Children, Peace and Security, mars 2021. Le Dr. Anna Naa Adochoo Mensah analyse, dans cet article l’influence de la résolution 1325(2000) relative à l’intégration de la dimension du genre dans les opérations de paix sur la prévention du recrutement des enfants. Cet article vise à contribuer au plaidoyer en faveur de l'inclusion de plus de femmes dans les OP en soulignant leur rôle dans la prévention du recrutement des enfants. En effet, si le déploiement des opérations de paix permet de mettre en place des systèmes d'alerte précoce contre le recrutement des enfants, l'intégration de la dimension de genre dans les OP facilite et améliore les mécanismes de détection des indicateurs de recrutement et d'utilisation d'enfants dans les armées régulières ou irrégulières. Anna Naa Adochoo Mensah soutient que les femmes ont un rôle spécifique à jouer dans la protection des enfants et dans la rupture du cycle de leur recrutement. Une approche globale qui prend en compte la dimension du genre à chaque étape doit être adoptée pour mettre fin au cercle vicieux du recrutement et de l’utilisation des enfants par les groupes armés. Pour l'auteure, une meilleure représentation des femmes ne peut être atteinte que si l’on s’attaque aux défis et obstacles qui privent les femmes d’éducation, de reconnaissance et d’acceptation dans les sphères socio-économiques et politiques.
  • Lisa Sharland, "Women, Peace, and Security Mandates for UN Peacekeeping Operations: Assessing Influence and Impact", IPI, janvier 2021. Lisa Sharland évalue, dans cette note d’information, l’influence et l’impact de l’inclusion du langage sur les femmes, la paix et la sécurité (FPS) dans les mandats des missions de paix sur la mise en œuvre de l’agenda FPS sur le terrain. Bien qu’au cours des vingt dernières années, le Conseil de sécurité ait fait de considérables progrès pour faire avancer de manière plus globale l’agenda sur les femmes, la paix et la sécurité, le langage utilisé dans les mandats peut parfois perpétuer les stéréotypes, notamment l’idée que chaque femme en uniforme est responsable de la mise en œuvre du mandat FPS au sein des missions.
     
  • Kelcey Negus, "Language on Gender in Resolutions Authorizing UN Peacekeeping Operations", Center for Civilians in Conflict, juillet 2020. Cet article analyse la sémantique du genre au sein des mandats de 4 missions (MINUSCA, MONUSCO, MINUSMA et MINUSS - Soudan du Sud) à travers des tableaux d’analyse de l’évolution sémantique de 2015 à 2019. Les tableaux identifient les références aux thèmes suivants :
  • Violences sexuelles envers les femmes et les enfants ;
  • Justice et responsabilité ;
  • Rappel des précédentes résolutions liées aux violences sexuelles et à l’agenda femmes, paix et sécurité ;
  • Women protection advisers ;
  • L’inclusion des femmes dans les processus de Désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) et la Réforme du secteur de la sécurité (RSS) ;
  • La nécessité de plaidoyer ;
  • Les politiques de l’ONU en termes d’abus et exploitations sexuelles ;
  • La demande du CSNU pour l’élaboration de rapport réguliers du SGNU sur les questions de genre.
  • Nina Wilén, "What’s the added value of male peacekeepers?", Egmont Institute, février 2020.  « Quelle est la valeur ajoutée des Casques bleus masculins » ? À travers cette question étonnante de prime abord, Nina Wilen tente de déconstruire les préjugés dont sont victimes les soldates de la paix. En effet, selon cet article publié par l’Institut Egmont, ces préjugés feraient peser une charge supplémentaire sur les femmes, à travers la poursuite d’attentes souvent hors de portée. L’autrice souligne que ces préjugés essentialisent souvent les Casques bleus féminins à leur rôle de femme. Elle plaide enfin pour le fait de ne plus avoir à justifier la présence de femmes au sein des opérations de paix, mais pour le fait de s’assurer que des personnes formées adéquatement soient déployées, qu’importe leur genre.
  • Ann-Kathrin Kreft, "The gender mainstreaming gap: Security Council resolution 1325 and UN peacekeeping mandates", International Peacekeeping, 2017. Contribuant à la littérature empirique sur la mise en œuvre de la Résolution 1325, cet article s’appuie sur les données issues de 71 missions de maintien de la paix, entre 1948 et 2014. Ses travaux suggèrent que l’intégration d’une perspective genre inclusive dans la formulation des mandats est fonction de la visibilité et de la saillance des violences basées sur le genre sur les théâtres d’opération, plutôt que de répondre à un impératif systématique de la participation des femmes. Les données récoltées par Kreft montrent que la participation des femmes aux OMP n’a été significative que dans des théâtres d’opérations marqués par une prévalence des viols et autres violences sexuelles.
  • Leanne Smith, Peacekeeping and the WPS agenda: ‘Less Talk and More Action", Global Peace Operations Review, mars 2017. Dans cet article Leanne Smith décrit comment l’ONU a consacré beaucoup de ressources à la mise en œuvre du programme « Femmes, paix, et sécurité » et certains points fonctionnent bien. Cependant, il subsiste « un manque général de compréhension », chez nombre d’acteurs institutionnels onusiens, quant à l’importance de l’intégration de la dimension « genre » et quant à sa valeur ajoutée dans le mandat et les responsabilités plus générales des Nations unies. Smith pointe le manque de leadership des hauts fonctionnaires onusiens à l’égard de la question du genre, à l’exclusion des conseillers en genre de la direction des missions, l’insuffisance de ressources dédiées à la problématique « genre », et le manque de perspective de carrière pour les personnes impliquée dans la question du genre. Elle ajoute que la problématique du genre est souvent vue comme un sujet périphérique ou technique. Or, Smith avance qu’une bonne politique de genre permettrait d’avoir accès à certaines communautés et à des données autrement peu accessibles afin de mieux développer les mécanismes d’alerte précoce. Dans le but d’améliorer ses pratiques de genre, l’ONU travaille aujourd’hui sur cinq points principaux : l’analyse des conflits centrée sur le genre, la participation des femmes aux processus de décision post-conflit, la création d’un environnement permettant d’obtenir la parité hommes-femmes au sein du personnel, la prise en compte de la protection des femmes dans toutes les actions de l’ONU et la mise en place de partenariats pour augmenter les effets des politiques de genre onusiennes.
     
  • Aïssata Athie, Sarah Taylor, « UN Peacekeeping: Where is the Gender Expertise? », IPI, octobre 2017. En effet, comme le rappelle les chercheures Aïssata Athie et Sarah Taylor dans un article de l’International Peace Institute qui traite de la MINUSCA, les experts en genre (conseillers pour la protection des femmes ou les conseilleurs pour l’égalité des sexes) sont de plus en plus marginalisés et déclassés au sein des missions. Il y a un vrai décalage entre les déclarations du siège des Nations unies et la réalité sur le terrain. Malgré la forte hausse des cas d’AES en RCA depuis quelques mois, certains individus du haut commandement des missions estiment que cette question du genre n’est pas prioritaire sur le plan stratégique et que c’est à l’expert des questions de genre de gérer seule cette problématique. Les deux chercheurs précisent, en outre, que le poste de conseiller spécial en matière de genre est de plus en plus isolé du reste de l’opération de paix et qu’il a été rétrogradé du niveau P5 à P3. L’insuffisance de soutien politique et financier des conseillers en matière de genre et le manque de collaboration entre les différentes composantes des opérations de paix risque de ralentir le processus d’intégration des femmes dans les missions et ainsi, d’encourager les tactiques de guerre consistant à utiliser de manière systématique la violence et les abus sexuels comme une arme.
     
  • Ann-Kathrin Kreft, "The gender mainstreaming gap: Security Council resolution 1325 and UN peacekeeping mandates", International Peacekeeping, 2017, L’article d’Ann-Kathrin Kreft porte sur la résolution 1325 du Conseil de Sécurité (inégalité de genre) et les mandats de maintien de la paix des Nations unies. Ann-Kathrin Kreft s’appuie sur les données issues de 71 missions de maintien de la paix, entre 1948 et 2014. Ces données montrent que la participation des femmes aux OMP n’a été significative que dans des théâtres d’opérations marqués par une prévalence des viols et autres violences sexuelles.
     
  • Ximena Jimenez, "Perspectives de genre dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies", Institut de formation aux opérations de paix, 2012. Ce document de plus de 200 pages est un recueil de leçons adressé par le professeur Ximena Jimenez aux personnes intervenant dans les zones de conflit (personnel militaire et civil). Composé de 7 leçons (chacune correspondant à un chapitre), le cours décrit dans un premier temps les problèmes liés à l'égalité entre les sexes dans les conflits armés contemporains, en mettant en contexte l'évolution des relations entre les sexes au sein de l'histoire. Ximena Jimenez se concentre ensuite sur les questions conceptuelles et opérationnelles liées à l’intégration des problématiques de genre au sein des opérations de maintien de la paix multidimensionnelles. Elle met l'accent sur la nécessité des femmes à jouer un rôle stratégique à tous les niveaux du processus décisionnel.

 

Observatoire Boutros-Ghali

  • Avenue des Arts 7-8, 1210 Bruxelles
  • +32 (0) 484 942 792 

Lettre d'information

Inscrivez-vous à notre liste de diffusion et vous recevrez chaque mois un récapitulatif de l'ensemble des publications et événements de l'Observatoire